14.11.2007
Retour sur une triste affaire
Depuis plusieurs mois, je m'étais absenté pour raisons professionnelles ("travailler beaucoup plus pour essayer de ne pas gagner beaucoup moins").
Si je reviens aujourd'hui, ce n'est pas en raison des grèves mais mû par un profond dégoût.
On a tellement remué de boue récemment à l'encontre de l'Arche de Zoé, que je me demande si quelqu'un s'intéresse vraiment à la recherche de la vérité dans cette affaire. Les dernières élucubrations de Thierry Meyssan - toujours prompt à tirer des conclusions hâtives de rapprochements fortuits afin de flatter sa paranoia personnelle en tramant d'improbables complots - ont été la goutte qui a fait déborder le vase.
Devant ce déversement de bile, je finis presque par comprendre le geste désespéré de cette pauvre Nadia Merimi, jeune infirmière de Boulogne-Billancourt emprisonnée à N'Djamena, qui a tenté de mettre fin à ses jours.
Le plus triste c'est que cette affaire est ridiculement simple.
Un groupe d'idéalistes très volontaires, choqués de la situation des enfants orphelins au Darfour, décide de s'en mêler suivant le bon vieux précepte que si l'on veut que les choses se fassent, il faut les faire soi-même.
Ils contactent des familles d'accueil pour héberger les enfants le temps qu'ils obtiennent le droit d'asile. Pour être sûrs que ces familles présentent les garanties convenables, ils les sélectionnent parmi des familles ayant reçu l'agrément pour l'adoption (c'est plutôt bon signe). Cela ne signifie toutefois en aucune façon que ces familles pourraient adopter les enfants (l'adoption est proscrite par l'islam sunnite, car cela reviendrait à reconnaître la légitimité du chi'isme dont le fondateur était le fils adoptif de Mahomet). Quoi qu'en ait dit une certaine presse pour essayer de se dédouanner de ses propres manquements, l'AdZ a toujours été très claire sur ce sujet : il n'a jamais été question d'adoption, juste d'hébergement.
Ils exposent leur projet au Quai d'Orsay. Bernard Kouchner, chantre du droit d'ingérence humanitaire leur prodigue quelques banalités lyriques dont ils retiennent surtout qu'il aime l'idée (et envisage probablement de tirer la couverture à lui une fois l'opération réussie). Rama Yade est contre (ils ne l'ont jamais caché) mais elle est au courant.
Ils se rendent donc au Tchad et bénéficient de l'appui logistique de l'armée française sur place pour accéder aux camps de réfugiés et en ramener les enfants.
Ils sont dépassés par la réalité africaine et doivent faire toute confiance à leur traducteur et principal intermédiaire tchadien car les explications avec les chefs de village au sujet du statut des enfants nécéssitent une double traduction.
Les chefs de village retiennent essentiellement que les Français veulent scolariser les enfants, et leur refilent aussi des petits Tchadiens, pas forcément aussi orphelins que ce que le traducteur veut bien dire aux responsables de l'AdZ (je n'invente rien, il l'a avoué la semaine dernière).
L'AdZ n'a pas formellement prévenu le gouvernement tchadien de sa volonté d'exfiltrer les enfants vers la France car ils pensent que ce sont normalement des Soudanais et ils ne veulent pas rentrer dans un imbroglio administratif avec les sbires de Deby - qui n'hésitent pas à enrôler des enfants-soldats et qui sont notoirement corrompus (sur l'échelle de la corruption de Transparency International, le Tchad se classe 172e sur 179, ce qui le met à égalité avec l'Afghanistan ; en Afrique, seule la Somalie fait pire). Pour éviter les questions, ils déguisent les enfants en blessés (sans doute une de leur plus mauvaiises idées).
Le traducteur, qui sait qu'une bonne part des enfants sont Tchadiens et pas vraiment orphelins, se met à paniquer et les dénonce. Les membres de l'AdZ et les journalistes qui les accompagnent sont arrêtés et tabassés devant les enfants par les Forces Spéciales de l'Armée Tchadienne (nous sommes en état d'urgence, c'est donc l'armée qui assure les fonctions de police).
Déby en profite pour faire son numéro et pour charger la barque avec ses "réseaux pédophiles" et "trafics d'organes". A la veille du déploiement de l'Eufor (qu'il désapprouve mais qu'on lui a imposé), il redore son blason à peu de frais et peut cristalliser la colère des Tchadiens sur la haine du "blanc" en ranimant toute l'imagerie qui entoure le trafic d'esclaves (même si la traite négrière dans le coin a toujours été bien plus largement du fait des Arabes que des Européens, on s'en fout, c'est toujours bon d'avoir quelqu'un à haïr, ça évite d'avoir à réfléchir).
Aujourd'hui, les membres de l'AdZ sont les principales victimes d'un quiproquo à plusieurs étages. Ils ont été trahis par Kouchner, trahis par leur intermédiaire tchadien, trahis par la presse qui s'est volontiers assise sur la présomption d'innocence (un bon scandale bien crade ça vend toujours mieux), trahis par l'Ambassadeur de France à N'Djamena qui s'en est tout de suite lavé les mains, et ils vont être trahis par la justice tchadienne car - toujours selon Transparency International - c'est l'une des plus corrompues au monde, tout cela dans une ambiance de lynchage général, alors que leur principal tort est d'avoir cru bien faire pour sauver des enfants de la mort.
Ils s'y sont mal pris, c'est sûr, mais est-ce que ça vaut 20 ans de travaux forcés (autant dire la mort) dans un bagne tchadien ?
Il n'y a jamais que ceux qui ne font rien qui ne risquent rien.
12:05 Publié dans Des dégoûts et des colères | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Arche de Zoé, Tchad, Justice, Darfour, Kouchner
12.06.2007
"Plus c'est gros, plus ça passe"
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Notre prince a dû se souvenir de cette petite phrase de son prédécesseur lorsqu'il a émis les propos suivants, obligeamment rapportés à l'instant par Reuters, afin de récuser « l'idée que l'arrivée d'une majorité massive de députés de l'UMP à l'Assemblée nationale puisse remettre en cause le fonctionnement de la démocratie, comme le laisse entendre l'opposition » :
« Quand il y a eu des élections régionales en 2004 et que la gauche a obtenu 20 régions sur 22 personne ne disait que la démocratie était alors en cause. »
« Quand ils ont gagné les cantonales, ils ont pris la présidence des départements parce qu'ils avaient plus de départements, personne n'a dit que la démocratie était en cause.»
« C'est une drôle d'idée : la démocratie serait en cause simplement si les Français ne votent pas à gauche ? Je respecte toutes les opinions et je n'ai pas à m'engager dans une bataille partisane mais, franchement, il faut respecter le vote des Français.»
Quel aplomb !
Comment le premier des Français peut-il comparer des élections régionales, où son parti a obtenu une large représentation (même minoritaire) au sein des régions pour y débattre des budgets locaux, avec les élections législatives, qui désignent les représentants directs des Français au sein du Parlement, pour y voter les lois qui régiront leur vie ?
Comment peut-il feindre d'ignorer qu'il pourra s'asseoir sur la Constitution ?
Comment peut-il autant manquer de respect - tout en prétendant le contraire - envers les 60% d'électeurs qui n'ont pas voté pour ses candidats et dont plus de la moitié sera tout simplement exclue de toute représentation politique au niveau national ?
Faut-il éprouver tant de mépris pour prendre les citoyens à ce point pour des imbéciles ?
12:54 Publié dans Des dégoûts et des colères | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, législatives, démocratie, constitution
11.06.2007
La déroute des contre-révolutionnaires
Chers concitoyens. Aujourd’hui est un jour heureux pour notre démocratie, notre Parti et notre Leader bien-aimé.
Lors du premier tour des élections au Soviet National, notre beau pays s’est prononcé sans hésitation aucune contre le cartel des forces d’opposition, adversaires du redressement national, en un vibrant plébiscite pour notre Leader.
A plus de 65%, ils n’ont pas voté contre les forces de rupture révolutionnaire, soit qu’ils aient apporté leur suffrage directement aux candidats de l’Union Marxiste Prolétarienne, soit qu’ils ne se soient pas déplacé, réitérant tacitement leur confiance envers notre Leader clairvoyant et refusant de limiter le pouvoir qu’il lui ont confié le 6 mai dernier.
Grâce à un astucieux mode de scrutin représentatif, les réactionnaires du Parti Sectariste et les contre-révolutionnaires du Mouvement Démoniaque ont été laminés et c’est une grande victoire pour tous ceux qui, dans ce pays, estiment que la démocratie est bien mieux protégée lorsqu’elle est entre les mains d’un seul homme.
Dans sa munificence, notre Leader magnanime sait pourtant pardonner à ceux qui n’ont pas su comprendre sa pensée et se sont fourvoyés dans un égoïsme politicien, en pensant qu’ils pouvaient, eux, représenter un courant de pensée indépendant alors que le pays, lui, ne ment pas, et a su voir dans le message de notre Leader, l’expression du courage qu’il leur faudra appliquer à eux-mêmes au cours des années à venir.
Cette volonté d’indépendance, ils peuvent aujourd’hui l’exprimer en faisant allégeance à l’Union Marxiste Prolétarienne afin de garantir leur réélection au Soviet National dans un cadre unitaire et sans ambiguïté, pour défendre la vision de notre Leader, car désormais ce sera aussi leur vision de l’avenir.
C’est pourquoi il leur tend la main, ainsi qu’il l’avait fait auprès des électeurs du Front Néanderthalien, qui l’ont rejoint en masse, et des députés de l’Union des Démagogues Félons, aujourd’hui réunis derrière la bannière du Parti de la Soupe et des Lâcheurs Emotifs. Les premiers verront leur idéal national pleinement retraduit dans le cadre de la politique du Parti, et les seconds ont d’ores et déjà été récompensés de leur bon sens par de magnifiques maroquins pur cuir.
Il reste de nombreux poste de Secrétaires d’Etat (c’est-à-dire des postes de secrétariat travaillant pour le compte de l’Etat) à pourvoir au sein de la nouvelle administration. Ils vous sont réservé en priorité.
En rejoignant aujourd’hui les rangs des amis de l’Union Marxiste Prolétarienne, vous assurerez votre avenir en politique et vous rendrez le Soviet National plus efficace qu’il ne l’a jamais été, débarrassé de vaines parlotes et des chicaneries byzantines qui encombrent la conscience des citoyens.
Plus que tous, vous nous aiderez à faire de l’Union Marxiste Prolétarienne le seul parti représentatif du Peuple.
Un seul Parti pour un seul Peuple, une seule ligne pour une seule rupture, une seule démocratie pour un seul homme.
Longue vie à notre Leader, paix à notre Nation et prospérité à notre Parti.
11:50 Publié dans Chroniques du Parti Unique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Législatives, UMP, PS, MoDem, PSLE, Nouveau Centre, FN


